Pegasus : une arme (pas) comme les autres

Mis à jour : juil. 22

L'affaire des écoutes de l'Elysée sous Mitterand, entre 1982 et 1986, qui fit scandale en son temps, passe aujourd'hui pour une anecdote hexagonale et (presque) sympathique qu'on se remémore en fin de repas dominical, un verre de Cognac à la main et un cigare à la bouche.


Pegasus, synthèse : logiciel espion israélien vendu via NSO Group à 11 Etats (au moins). Le président français, comme d'autres membres de son gouvernement et des responsables de la classe politique, aurait été sur écoute grâce au piratage de son téléphone. L'affaire a été dévoilée via Forbidden Stories, le Security Lab d'Amnesty International et au moins 16 autres médias internationaux dont le Monde et Radio France. Le gouvernement français enquête avant de réagir officiellement. Le reste de la classe politique proteste mollement en ne sachant trop ou ni sur qui frapper. Flottement général, peu d'informations disponibles, un peu comme si on donnait un coup de pied dans une fourmilière.


Le fait est : personne ne sait exactement de quoi on parle. Les jours passent, l'affaire s'ébruite mais les investigations n'ont pas révélé grand chose. A entendre les réactions de la classe politique, qui est la cible de Pegasus depuis des années, on prend la mesure de l'absence d'une culture sur le sujet.


Pourtant, les affaires se succèdent depuis une bonne dizaine d'années. Celle du Brexit, l'élection de Trump, ont démontré l'efficacité chirurgicale des cyber-armes et l'impréparation et l'amateurisme de l'administration d'Etat pour protéger la classe politique et le processus démocratique. Pour preuve, la rapidité d'un expert en cybersécurité pour violer l'intimité de Tchap, un whatsapp privé et réservé à la classe politique française. Tout cela fait désordre.


La France est un morceau de choix, pays symbole des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. En 2015, la NSA (National Security Agency) avait été dénoncé par Wikileaks pour avoir mis sur écoute les Présidents Hollande, Sarkozy et Chirac. En 2017, l'affaire des Macron Leaks avait donné lieu au piratage de documents de campagne de l'équipe d'En Marche.


Reste-t-il encore des secrets d'Etat à sauver du désastre ? Que reste-t-il à découvrir des lambeaux de secrets intimes et professionnels des hommes politique qui comptent ? Les tentatives d'ingérence se multiplient, sans être bloquées et sans même avoir été détectées.


Ce que raconte cette histoire, c'est l'incapacité de l'État à se protéger, le retard d'une classe politique dont plus d'un leader s'enorgueillissait, il n'y a pas si longtemps encore, de n'avoir jamais utilisé d'ordinateur portable, laissant cela aux sherpas de l'ombre.


Ce que raconte cette histoire, c'est l'absence d'une Politique nationale en phase avec les enjeux de son temps, confite dans des discours creux et verbeux.


Ce que raconte cette histoire, c'est que Pegasus révèle un état global d'une société qui se révèle incapable d'anticiper, lente à réagir. Et pourtant, nous verrons certainement d'ici quelques semaines des déclarations dithyrambiques expliquant notre capacité à affronter l'adversité. Nous avons une tradition très française qui est l'art de savoir faire passer nos capitulations pour des victoires.




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